Sur les pentes abruptes du Pays Beaume Drobie, l’œil attentif discerne, entre châtaigneraies et murets de pierres sèches, les traces d’un gigantesque labeur humain. Ici, des générations entières ont sculpté la montagne de terrasses – ou faïsses, comme on dit localement –, pour nourrir leurs familles. L’Ardèche méridionale, et en particulier la haute vallée de la Drobie, a vu exploser la construction de ces terrasses dès le XVIIIᵉ siècle. L’objectif était multiple : lutter contre l’érosion, capter l’humidité, et exploiter chaque parcelle de terre, même la plus ingrate.
Ces aménagements, parfaitement inscrits dans le paysage, sont l’héritage d’une agriculture de subsistance, adaptée à un relief tourmenté. Là où la vigne et le blé gagnaient péniblement leur place au soleil, les châtaigniers, eux, assuraient la base de l’alimentation locale. D’ailleurs, selon l’Inventaire régional du patrimoine de Rhône-Alpes, des centaines de kilomètres de murets et de chemins muletiers sillonnaient autrefois le territoire, témoignant d’un monde rural intensivement organisé.
- Les premières faïsses recensées dans la vallée de la Drobie remontent à la fin du Moyen Âge, mais le grand essor a eu lieu avec l’essor démographique du XVIIIᵉ siècle.
- La châtaigneraie, clé de voûte du système, recouvrait alors près de 80 % des versants cultivés (source : Pays de l’Ardèche méridionale, Inventaire du patrimoine agricole, 2013).
- Les faïsses étaient bâties à la main, pierre par pierre, utilisant principalement la pierre sèche, sans ciment ni mortier, ce qui permettait à la structure de “respirer” et d’évacuer l’eau.