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Voyage au cœur des Cévennes d’Ardèche
Derrière le tableau paisible des vallées de la Beaume et de la Drobie, des hommes et des femmes œuvrent à la réhabilitation des terrasses. Ces murets de pierres sèches, parfois centenaires, dessinent depuis des générations l’équilibre entre nature et culture humaine. Pourtant, à l’ombre de leur beauté, se cache un rôle bien moins visible mais crucial : le ralentissement, voire la limitation, des incendies de forêt.
Les terrasses, ou faïsses en ardéchois, constituent un patrimoine vernaculaire unique. Érigés dès le Moyen Âge pour augmenter la surface cultivable sur des pentes abruptes, ces murets de pierres sèches ont structuré les paysages. Si la majorité des terrasses sont aujourd’hui délaissées (en Ardèche, 80% ne sont plus exploitées selon l’Association des amis des terrasses des Cévennes), la prise de conscience des risques liés à leur abandon s’opère lentement.
Lorsque la végétation n’est plus entretenue, les murets s’effondrent, la broussaille s’installe, et le feu trouve un tapis continu pour s’étendre. Mais là où des terrasses réhabilitées subsistent, le scénario change radicalement :
Ces effets s’observent de manière concrète dans toute la région méditerranéenne. D’après les études de l’IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture, aujourd’hui INRAE), un paysage en terrasses non embroussaillé ralentit jusqu’à 50% la vitesse de propagation d’un feu de pinède (source : IRSTEA, Synthèse 2021 sur la gestion intégrée du risque incendie).
En été 2019, lors d’un incendie à Chaulet, près de la basse vallée du Chassezac, les pompiers ont rapporté que l’avancée des flammes fut stoppée “net” en arrivant sur une ancienne zone de terrasses restaurées avec des oliviers. Même constat dans la haute vallée de la Drobie : là où la châtaigneraie traditionnelle a été rouverte, le feu s’est éteint de lui-même, faute de combustible dense (Témoignages recueillis par la Communauté de communes Pays Beaume Drobie au fil des saisons 2019-2022).
Cet immense chantier nécessite l’alliance des particuliers, des associations de sauvegarde du patrimoine, mais aussi des collectivités et de l’État. Plusieurs programmes sont dédiés à la restauration de ces paysages :
Le réchauffement climatique aggrave la fréquence et l’intensité des incendies dans le Sud de la France. D’après la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, en 2022, ce sont 4 320 hectares qui ont brûlé dans les départements de l’Ardèche et de la Drôme, soit trois fois plus que la moyenne des cinq dernières années. Face à cet enjeu, la réhabilitation des terrasses agit à plusieurs niveaux :
Se renseigner localement sur les chantiers participatifs ou les programmes d’aide (communautés de communes, syndicats de pays, associations comme “Les amis des terrasses du Vivarais”). Les formations de murailler, souvent gratuites ou très abordables, permettent aussi de donner la main à cette œuvre collective tout en protégeant son territoire.
Réhabiliter les terrasses, c’est offrir à la vallée un paysage vivant et résilient. Au-delà de la sauvegarde du patrimoine, chaque mur relevé, chaque parcelle entretenue, dessine une frontière de plus à la progression des flammes. En fédérant savoir-faire locaux, bénévoles passionnés et institutions publiques, l’Ardèche tisse une réponse pragmatique et humble, mais déterminante, aux défis du climat et du feu. Un acte de transmission, autant qu’un bouclier pour demain.